Coup de projecteur sur Thomas Derrick

 

 

 

Ce dessin représentant Chesterton avec une vache – suivez le regard de la vache… – est extrait de la collection du G.K.’s Weekly, l’hebdomadaire dirigé par
Chesterton et organe de la Ligue distributiste. Cette représentation, à la fois idyllique et légèrement moqueuse d’un Chesterton mettant ses idées en application, est due à Thomas Derrick, l’un
des dessinateurs, avec Will Dyson, Powys Evans, E. Squiers, Low et Chesterton lui-même, du G.K.’s Weekly.

Thomas Derrick est né à Bristol (G.B.) en 1885 et il est mort le 18 novembre 1954. Sa mère était une admiratrice de Chesterton. On raconte que l’écrivain devait
donner une conférence sur Dickens à Bristol. À l’heure dite, Mme Derrick se rendit donc dans la salle prévue à cet effet et s’assit bien sagement dans l’impatience d’entendre le grand homme. Mais
Chesterton n’était pas là. Peu à peu la salle se vida, au point que Mme Derrick était l’une des rares personnes encore présentes lorsque arriva un gros homme suant qui n’était autre que
Chesterton. L’écrivain était parti de bonne heure de Londres, mais il avait raté son train. Il appella donc un taxi qui résolument prit le chemin de Bristol malgré la distance. Hélas ! Avant
d’arriver à destination, le taxi tomba en panne et pendant que le chauffeur cherchait à réparer le moteur, Chesterton alla visiter les environs.

Dans Tremendous Trifles, Chesterton évoque une telle course en taxi. Est-ce la même que celle dont Mme Derrick vécut la fin ? Peut-être y en eut-il
plusieurs ? Toujours est-il que voici ce qu’écrivait Chesterton :

« Malheureusement quand le taxi démarra, il fit exactement ce qu’a fait la civilisation scientifique moderne – il tomba en panne. […] J’étais irrité, non
par les gens, mais par les choses, à la façon d’un bébé ; par le tacot parce qu’il était tombé en panne, et par le dimanche parce qu’il était un dimanche. […] Je prononçais mon discours, en
arrivant à l’instant même où tout le monde se décidait à partir. Lorsque mon taxi déboucha en cahotant sur la place du marché, les gens, sans cacher leur déception, décidèrent de
rester. 
»

C’est à cette civilisation scientifique et moderne que Chesterton et Thomas Derrick s’en prirent ensemble dans le G.K.’s Weekly. Derrick avait été élève du
Royal College of Art. En 1923, il y enseignait la peinture décorative quand il écrivit une lettre qui fut publiée par The Times le 7 juin de cette année-là, lettre par laquelle il
préconisait la création d’une Guilde pour les peintres décorateurs et argumentait en faveur de certains matériaux utilisés à l’époque médiévale. On était bien ici dans le ton distributiste de
l’époque.

Cependant, en 1931, la carrière de Derrick prit une orientation nouvelle. Il devint caricaturiste pour de grands journaux comme Punch ou, plus proches de
ses propres idées, comme le G.K.’s Weekly. C’était en effet un ami et un proche de Chesterton et de Belloc. C’est en 1923, un an après Chesterton que Thomas Derrick fut reçu dans
l’Église catholique par le père Vincent McNabb, le « saint de Hyde Park » et l’une des grandes signatures distributistes.

Ci-dessous quelques reproductions des dessins de Derrick dans Punch.