Chesterton et l’enfer capitaliste

Sous le titre Chesterton, l’enfer capitaliste, le blog Mythes et antimythes a mis en ligne le dimanche 19 août l’article publié par Michel Fromentoux dans L’Action Française 2000, daté du 15 avril au 5 mai 2010. Il s’agit de la présentation de la traduction française par Gérard Joulié du livre de Chesterton intitulé Utopie des usuriers et autres essais. C’est une bonne présentation qui mérite d’être lue encore aujourd’hui. Rappelons que cet ouvrage est toujours disponible auprès des éditions de L’Homme Nouveau (voir ici), éditeur de trois ouvrages de Chesterton : Plaidoyer pour une propriété anticapitaliste ; Utopie des usuriers et autres essais et L’Église catholique et la conversion.

Gilbert Keith Chesterton signe une série de petits essais empreints d’une grande colère. Anti-capitaliste sans être pour autant socialiste, il stigmatise le pouvoir de l’argent. Une dénonciation toujours d’actualité.

Bien que datant de presque un siècle et écrits par un Anglais, les petits essais rassemblées par les Éditions de l’Homme nouveau sous le titre l’Utopie des usuriers n’ont pas pris une ride et ont même atteint à l’universel. Gilbert Keith Chesterton (1874-1936), tonitruant journaliste et écrivain, est ici en proie à une grande colère, certes tempérée par beaucoup d’humour, mais que nous avons mille occasions de partager dans la société actuelle, si soumise au pouvoir de l’argent ! Dans sa vigoureuse introduction, Philippe Maxence nous avertit : « La lecture de ce petit livre doit nous offrir l’occasion d’ouvrir les yeux sur notre propre monde et de trouver les ressources nécessaires pour ne pas nous endormir. »

Les capitalistes, nouveaux maîtres du monde, ont déclenché récemment la Crise que l’on sait… Dès 1917, Chesterton appelait déjà à les frapper fort, car ils pervertissent tout ce qu’ils touchent, à commencer par l’art : « Il est clair que l’artiste publicitaire apportera le plus souvent son concours et son talent à des entreprises sur lesquelles il n’aura aucun contrôle et auxquelles il sera bien en peine d’apporter son soutien moral. » De l’art mis au service des savonnettes, on passe à la dégradation des lettres et du mécénat, au point de voir des poètes s’enrôler « volontairement sous la bannière de rois qui n’ont pas prêté serment et qui n’ont pas conduit leurs troupes à la bataille ».

Rien de nouveau dans l’enfer du fric. Les capitalistes de Chesterton redoutant les vacances, cela préfigure l’actuel travail du dimanche : « Un homme qui n’est qu’utile est nécessairement incomplet, surtout si c’est un homme moderne qui par « utile » entend « utilitaire ». » Or, les vacances, « c’est le processus de restauration qui, par un tour de magie, rend un homme à lui-même ou qui, comme dit le poète, en lui-même le change. Cet homme reconstruit et complet est le cauchemar du capitalisme moderne. » Ainsi l’État est-il devenu servile en s’érigeant en religion, laquelle ne reconnaît plus que la « vertu » de tolérance ou « largeur d’esprit » qui ne profite qu’aux riches. Remarquons cette question si actuelle à l’heure où les médias cultivent tant le goût du jeu : « Quels sont les plaisirs des riches qui profitent aux pauvres ? Et quels sont les plaisirs des pauvres dont les riches ne peuvent tirer profit » ? Cette société ne tarde pas à devenir eugéniste, car elle entend pallier son incurie par de nouveaux crimes. Le capitaliste est toujours déchiré par ce dilemme : « Permettre au pauvre de disposer d’assez de force pour faire correctement son travail et tout en étant assez malingre pour être obligé de travailler. » Alors on rêve « d’obtenir certains perfectionnements physiques sans avoir à se préoccuper d’améliorations morales, politiques ou sociales »… en somme de créer une sorte de réserve d’esclaves « parfaits ».

Anti-capitaliste, cet homme profondément blessé n’est pas pour autant socialiste, pour la bonne raison qu’entre capitalisme et socialisme la différence n’est qu’apparente. Un État socialiste a lui aussi le culte de l’argent et « des hommes en situation de pouvoir disposent semblablement des commodités qui leur seront offertes même s’ils le font théoriquement à titre de fonctionnaires et non plus de simples particuliers », et là encore, tout, arts, littérature, religion, même la science seront au service des usuriers !

Ces quelques extraits révèlent toute la force « destructive » qu’entendait semer l’auteur à l’époque où il était encore possible d’empêcher l’abomination. Ce livre n’en est pas pour autant nihiliste, car, à quelques années de se convertir au catholicisme, Chesterton travaillait pour libérer les esprits et les ramener aux valeurs essentielles.

Michel Fromentoux L’ACTION FRANÇAISE 2000 du 15 avril au 5 mai 2010

G.K. Chesterton : Utopie des usuriers ; traduit par Gérard Joulié ; éd. de l’Homme nouveau, 192 p., 19 €.

2 réflexions au sujet de « Chesterton et l’enfer capitaliste »

  1. Désolé : ça n’a rien à voir avec l’article ci dessus : y aura t il cette année encore un colloque autour ce Chesterton comme il y eut ces années dernières en Sept/Octobre ?

    • La décision n’est pas encore entièrement prise car elle ne dépend pas que de nous. Mais certainement pas en septembre. Bien amicalement.

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