Les Mages

Pour la fête de l’Éphiphanie, voici un poème composé par Chesterton, The Wise Men, et qui fut publié dans un recueil en 1915 :

 LES MAGES

Marchez doucement, sous la neige ou la pluie,
Pour trouver l’endroit où sauront prier les hommes;
La route est partout si droite
Que nous pouvons nous perdre.

Oh ! nous apprenions à scruter,
Dès notre jeune âge, de torturantes énigmes,
Nous connaissons tous les secrets des labyrinthes,
Nous sommes les savants mages d’autrefois,
Et nous savons tout, sauf la vérité.

Nous avons tourné tout autour de la colline,
Nous avons perdu le bois au milieu des arbres,
Nous avons appris des noms très longs pour tous les maux
Et servi les dieux fous, appelant encore
Les furies: Euménides.

Les dieux de la violence ont pris le masque
De la vision et de la philosophie;
Le Serpent qui apporta le malheur aux hommes
Mord sa queue maudite
Et usurpe le nom de I’Eternité.

Allez humblement.., il a grêlé, il neige…
Allez baissant la voix et lanternes allumées
Tellement simple est la route
Que nous pourrions nous égarer.

Le monde se fait terrible et si blanc,
Et la blancheur du jour qui point nous aveugle;
Nous marchons effarés dans la lumière,
Car il est une chose trop grande pour qu’on la voie,
Une chose beaucoup trop simple pour qu’on la dise.

L’Enfant qui était avant le commencement des mondes
(… Nous n’avons qu’un pas à faire, Nous n’avons qu’à voir lever un loquet…)
L’Enfant qui jouait avec la lune et le soleil
joue avec un peu de foin.

La maison dont les cieux tirent leur nourriture,
La vieille maison étrange qui est la nôtre,
Jamais on n’y entend paroles trompeuses,
Et la Miséricorde y est aussi simple que le pain,
Et l’Honneur y est aussi dur que la pierre.

Allez humblement, humbles sont les cieux,
Basse et large et ardente est l’Etoile
La Crèche est si près de nous
Que nous pourrions voyager longtemps.

Oyez! le rire s’éveille comme un lion
Et rugit sur la plaine sonore,
Et tout le ciel crie et frémit,
Car Dieu lui‑même vient de renaître,
Et nous sommes des petits enfants qui marchent
A travers la neige et la pluie.

The Wise Men  (traduction E.-M. Denis-Graterolle)

 

A la demande de certains lecteurs, nous publions ci-dessous le texte original en anglais :

Step softly, under snow or rain,
To find the place where men can pray;
The way is all so very plain
That we may lose the way.

Oh, we have learnt to peer and pore
On tortured puzzles from our youth,
We know all the labyrinthine lore,
We are the three wise men of yore,
And we know all things but truth.

We have gone round and round the hill
And lost the wood among the trees,
And learnt long names for every ill,
And serve the made gods, naming still
The furies the Eumenides.

The gods of violence took the veil
Of vision and philosophy,
The Serpent that brought all men bale,
He bites his own accursed tail,
And calls himself Eternity.

Go humbly … it has hailed and snowed…
With voices low and lanterns lit;
So very simple is the road,
That we may stray from it.

The world grows terrible and white,
And blinding white the breaking day;
We walk bewildered in the light,
For something is too large for sight,
And something much too plain to say.

The Child that was ere worlds begun
(… We need but walk a little way,
We need but see a latch undone…)
The Child that played with moon and sun
Is playing with a little hay.

The house from which the heavens are fed,
The old strange house that is our own,
Where trick of words are never said,
And Mercy is as plain as bread,
And Honour is as hard as stone.

Go humbly, humble are the skies,
And low and large and fierce the Star;
So very near the Manger lies
That we may travel far.

Hark! Laughter like a lion wakes
To roar to the resounding plain.
And the whole heaven shouts and shakes,
For God Himself is born again,
And we are little children walking
Through the snow and rain.

3 réflexions au sujet de « Les Mages »

  1. Merci de ce beau texte!

    Serait-il possible d’avoir, si elle est disponible, la version originale pour pouvoir en goûter la musicalité, ce que ne permet pas la traduction?

  2. Merci beaucoup d’avoir partagé ce poème et cette traduction – qu’il est précieux de retrouver à l’occasion de la fête de l’Epiphanie !

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