1927 : Le Retour de Don Quichotte (2)

Publié en livre, en Angleterre, en 1927, The Return of Don Quixote ne met qu’un an pour traverser la Manche et connaître une édition française. Une première traduction est publiée en 1928 sous le titre Le Retour de Don Quichotte aux éditions Bloud et Gay, dans la collection « Ars et Fides » (il porte le numéro 10 de cette collection). Lancée en 1926, cette collection se définissait ainsi :

« La collection Ars et Fides se présente sous le double signe de l’art et de la foi. Elle publiedes romans, poèmes, biographies, carnets intimes – œuvres très diverses, mais qui toutes porteront témoignage, dans la liberté de l’écrivain et de l’artiste, d’une inspiration nettement catholique. Ars et Fides prétend ainsi servir le renouveau chrétien de la pensée et des lettres, qui est un des aspects du grand mouvement religieux d’aujourd’hui. Il paraît un volume tous les deux mois environ. Le tirage, sous la couverture de la collection, est relativement limité. »

Parmi les ouvrages déjà publiés au moment de la sortie du Retour de Don Quichotte, on pouvait lire, par exemple, L’Ile des saints, un roman de Paul Renaudin, le Carnet intime d’Amédée Guiard ou Le Bestiaire des deux testaments de Paul Cazin. Il était également annoncé Le Jour suprême de Johannes Joergensen. 

Le Retour de Don Quichotte comprend 248 pages et il est tiré à deux mille deux cents exemplaires (numérotés 1 à 2 200), à deux cents exemplaires hors commerce marqués E.P. et à quinze exemplaires réimposés sur vergé Hollande de Van Gelder Zonen, marqué de A à O. Etrangement, il n’est pas fait mention du nom du traducteur.

Les éditions de l’Age d’Homme publieront à nouveau une version en langue française de ce roman en 1982, dans la collection de la « Bibliothèque de l’Age d’Homme ». Dans cette version, l’ouvrage comporte 200 pages et précise bien le nom des traducteurs : Maureen et Marc Poitou, traducteurs également chez le même éditeur des Quatre petits saints du crime de G.K. Chesterton.

La question qui se pose évidemment est de savoir si l’Age d’Homme a repris la traduction de 1928 ou si ces éditions ont entrepris une nouvelle traduction. La comparaison des deux traductions permet d’apporter une réponse. Dans la version anglaise, le premier chapitre est intitulé : « A Hole in The Caste ». La traduction de 1928 a traduit « Un trou dans la distribution » alors que celle de Maureen et Marc Poitou a préféré « Un accroc dans les armoiries ». La suite du texte montre très clairement qu’il ne s’agit pas de la même traduction : 

Traduction de 1928 :

C’était par un matin sans nuage. La grande salle de Seawood Abbey était inondée de lumière, car elle s’ouvrait par de larges baies sur la terrasse qui dominait le parc.

Murrel, surnommé « le Singe » – nul ne savait plus pourquoi – et Olive Ashley profitaient tous deux de cette clarté pour s’occuper à peindre; mais leurs travaux ne se ressemblaient guère. Elle employait ses couleurs avec minutie, à l’imitation de ces joailliers qu’étaient les enlumineurs du Moyen Age. Elle professait un grand enthousiasme pour tout ce qui faisait partie d’un passé historique, dont elle avait d’ailleurs une idée assez vague. Lui, au contraire, était ouvertement moderne, et s’affairait autour de plusieurs pots remplis de couleurs très crues, avec des brosses grandes comme des balais.

 

Traduction de 1982 :

L’extrémité de la pièce la plus longue de l’abbaye de Seawood était baignée delumière; car les murs en étaient presque entièrement faits de fenêtres, et elle était en avancée sur une partie du jardin aménagée en terrasse, qui dominait le parc; et ce matin-là le ciel était presque sans nuage. Murrel, surnommé Chimpanzé pour une raison que tout le monde avait oubliée, et Olive Ashley profitaient de la lumière pour faire de la peinture; mais elle peignait en tout petit, et lui en très grand. Elle posait avec beaucoup de soin des pigments étranges, pour imiter la joaillerie à plat des enliminures médiévales; c’était sa passion, cela représentait, selon l’idée un peu vague qu’elle s’en faisait, ses liens avec le Passé et l’Histoire. Lui, par contre, était extrêmement moderne, et s’affairait avec plusieurs seaux de couleurs très crues et des pinceaux qui avaient presque rang de balais.

 

Le texte de Chesterton :

The end of the longest room at Seawood Abbey was full of light; for the walls were almost made of windows and it projected upon a terraced part of the garden above the park on an almost cloudless morning. Murrel, called Monkey for some reason that everybody had forgotten, and Olive Ashley were taking advantage of the light to occupy themselves with painting; though she was painting on a very small scale and he on a very large one. She was laying out peculiar pigments very carefully, in imitation of the flat jewellery of medieval illumination, for which she had a great enthusiasm, as part of a rather vague notion of a historic past. He, on the other hand, was highly modern, and was occupied with several pails full of very crude colours and with brushes which reached the stature of brooms.

A suivre…

Une réflexion au sujet de « 1927 : Le Retour de Don Quichotte (2) »

  1. Considérez-vous que j’impiétine sur les droits des éditions L’age d’Homme en faisant une troisième traduction?

    http://gkc-fr-sv.blogspot.com/2018/07/le-retour-de-don-quichotte.html

    J’ai déjà appelé le premier chapitre Une lacune dans le casting et ma première paragraphe est différente des deux … (mais le billet avec la première moitié du chapitre n’est pas encore traduit qu’à moitié) …

    Si on peut se permettre un autre mot que « singe », j’aimerais plutôt « ouistiti » (comme « Murrell, genannt Meerkatz » de la traduction allemande) …

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