Fulton Sheen et Chesterton

Ceux qui ont lu l’article de ce blogue consacré au Retour de Don Quichotte, un roman de Chesterton (voir ICI) auront certainement remarqué que nous évoquions Mgr Fulton Sheen. Ce prêtre américain, né en 1895, reste certainement le plus célèbre homme de radio et de télévision catholique des États-Unis et, peut-être même, du monde. Avant de décéder en 1979, Mgr Sheen a marqué plusieurs générations d’auditeurs, d’abord par ses émissions de radio (The Catholic Hour de 1930 à 1950), puis de télévision (Life is Worth Living de 1951–1957, qui devient entre 1961 et 1968, The Fulton Sheen Program).

Sacré évêque en 1951, Fulton J. Sheen a reçu une formation philosophique et théologie d’abord auprès du Saint Paul Seminary (Minnesota) avant de poursuivre ses études à la Catholic University of Washington, D.C., puis à l’université catholique de Louvain en Belgique, réputée alors pour son enseignement thomiste. Loin de s’arrêter en si bon chemin, le jeune Fulton J Sheen, ordonné prêtre en 1919, continua à approfondir sa formation, à Rome, par un doctorat soutenu devant le Pontificium Collegium Internationale Angelicum, devenu depuis l’Académie pontificale Saint-Thomas d’Aquin, Agelicum.

L’abbé Sheen commencera vraiment sa vie sacerdotale en Angleterre avant d’être rappelé aux États-Unis par son évêque. C’est en Angleterre qu’il fait connaissance de Ronald Knox, prêtre catholique, auteur de romans policiers et grand ami de… G.K. Chesterton.

Dans son Autobiographie, Mgr Sheen rendra un profond hommage à l’auteur d’Orthodoxie en indiquant que celui-ci a exercé sur lui l’influence la plus importante en matière d’écriture.

Pourtant, les deux hommes semblaient très différents, d’autant que Fulton J. Sheen était un philosophe et un théologien que l’on pourrait qualifier de professionnel.

Cependant, en 1925, c’est G.K. Chesterton qui préface son premier livre God and Intelligence in Modern Philosophy (« Dieu et l’intelligence dans la philosophie moderne. Une étude critique à la lumière de saint Thomas d’Aquin »). Dans sa préface, Chesterton traite du rapport de la foi et de la raison, dans un mode finalement très proche de celui de Benoît XVI. Attaquée par les rationalistes puis par des antirationalistes, l’Église catholique apparaît à ses yeux comme celle qui donne à la raison sa juste place. « L’Église, écrit-il, est plus grande que le monde, et à juste titre, elle a résisté aux rationalistes étroits qui soutenaient que l’ensemble du monde peut être abordé de la manière dont on aborde les choses matérielles. Mais elle n’a jamais dit que ces choses ne devaient pas être approchées, ou que la raison n’était pas le bon instrument pour ce faire, ou que tout le monde avait le droit d’être déraisonnable pour comprendre quoi que ce soit. Elle défend la sagesse du monde, comme elle défend la manière de saisir le monde ; elle défend le bon sens, la pensée cohérente et le fait que deux et deux font quatre. Et aujourd’hui, elle est seule à les défendre ».

On ne s’étonnera donc pas qu’en raison de ces liens entre les deux hommes, l’abbé Fulton J. Sheen fut présent à la messe d’inhumation de Chesterton, comme l’indique à cette époque, par exemple, le Catholic Herald dans l’article relatant cet événement.

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