La conversion selon Hilaire Belloc (1)

Nous publions ici le texte d’Hilaire Belloc servant d’introduction à la première édition française de L’Église catholique et la conversion de G.K. Chesterton (éditions de la Bonne Presse) et qui n’a pas été repris dans l’édition actuellement disponible de cet essai de l’écrivain anglais. Contrairement à son ami Chesterton, Hilaire Belloc est né au sein du catholicisme romain et s’il lui fallut à un moment de sa vie (il y fait une légère allusion dans ce texte) se réapproprier le catholicisme, et dans ce sens très précis, opérer une sorte de conversion, il n’eut dû pas contrairement à son ami réaliser cet effort gigantesque de quitter l’Église établie pour aller vers l’Église catholique et romaine. C’est sur cette différence de parcours qu’il propose la réflexion que l’on pourra lire ci-après.

C’est avec modestie que celui qui est né dans la foi peut aborder le sujet formidable de la conversion. Certes, il est plus facile à qui ignore encore la foi d’aborder ce sujet qu’à celui qui en eut le privilège dès son enfance. Aborder une expérience autre que la sienne (que l’on ne peut saisir qu’imparfaitement), révèle, à la fois, une sorte d’impertinence et une ignorance. Très souvent ceux qui sont nés dans la foi passent par des épreuves personnelles parallèles et, d’une certaine manière, semblables à celles qui conduisent les incroyants à la comprendre et à l’accepter. Souvent, dis-je, ceux qui sont nés dans la foi traversent une période de scepticisme au cours de leur jeunesse, à mesure que les années passent, et c’est encore un fait commun (moins fréquent cependant qu’il y a une génération) que des hommes de culture catholique, connaissant l’Église dès leur enfance, la quittent à l’approche de l’âge viril sans jamais y revenir. Mais il existe, de nos jours, un phénomène encore plus fréquent, et c’est à cela que je me réfère : les individus sur lesquels le scepticisme a exercé une si forte emprise au cours de leur jeunesse découvrent, par l’expérience des hommes et des formes diverses de la réalité, que les vérités transcendantales enseignées dans l’enfance gardent toute leur valeur au cours de la maturité.

Cette expérience du catholique de naissance peut, je le répète, être appelée, en un certain sens un phénomène de conversion. Mais elle diffère de la conversion proprement dite, qui se rapporte plutôt à la découverte graduelle de l’Église catholique et a son acceptation par des hommes et des femmes qui commencèrent leur vie en ignorant son existence, pour qui elle n’a été, pendant leurs années de formation, qu’un nom peut-être méprisé et certainement sans correspondance avec aucune réalité connue.

Semblables convertis sont peut-être à la source de la vigueur croissante l’Église catholique à notre époque. L’admiration que le catholique de naissance ressent envers leur courage correspond exactement à celle que l’Église des premiers siècles manifestait envers les martyrs. Car le mot « martyr » signifie « témoin ». Le phénomène de la conversion, qui se rencontre dans chaque classe et qui atteint toutes les catégories de personnalités est le grand témoin moderne de la véracité de la foi, de ce fait que la foi est la réalité et qu’en elle seule se trouve le fondement de la réalité.

À suivre…

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