La conversion selon Hilaire Belloc (2)

Nous publions ci-dessous la suite du texte que l’écrivain franco-anglais Hilaire Belloc, grand ami de Chesterton, a consacré à la question de la conversion, en introduction au livre de Chesterton, L’Église catholique et la conversion.

Moins on est instruit de ce sujet, plus on s’imagine que ceux qui entrent dans la cité de Dieu sont d’un modèle uniforme. On essaie de définir d’une manière simple l’esprit qui acceptera le catholicisme. On l’appelle désir de sécurité ou attrait des sens comme celui qu’exerce la musique ou la poésie. Ou bien encore, on le compare à cette faiblesse particulière (présente dans beaucoup d’esprits) par laquelle on subit l’influence d’autrui, qui modifie son propre caractère.

Une toute petite expérience des conversions-types de notre époque suffit à rendre ridicules pareilles assertions. Les hommes et les femmes pénètrent dans l’Église par toutes sortes d’accès possibles, utilisant tous les genres concevables de procédés : lent examen intellectuel, choc, vision, épreuve morale ou simple processus intellectuel. Ils y pénètrent par l’action d’une expérience étendue. Pour certains, cela se produit au cours d’un voyage, pour d’autres en étudiant l’histoire plus que ne le font la plupart des hommes, pour d’autres enfin par suite d’événements personnels de la vie.

Non seulement les avenues qui conduisent à Ia foi sont infiniment nombreuses (bien qu’elles soient naturellement convergentes puisque la vérité est une et l’erreur multiple) mais les types individuels chez qui l’on peut observer le processus de la conversion diffèrent entre eux de mille façons. Si l’on définit quelle émotion ou quel raisonnement a introduit quelqu’un dans le bercail et si l’on essaye d’appliquer cela à un autre, on découvre que cela ne cadre pas. Chacun pénètre suivant ses dispositions : le cynique aussi bien que le sentimental, le sot autant que le sage, le sceptique comme le conformiste. Aujourd’hui, vous êtes en présence d’une entrée dans 1’Église catholique due, sans nul doute, à l’exemple, à l’admiration et à l’inspiration d’un noble caractère ; le jour suivant, vous êtes témoin d’une entrée dans l’Église découlant d’une solitude complète, et vous vous étonnez de voir le converti ignorer encore la grande puissance du catholicisme sur la formation de la personnalité. Vous découvrez bientôt un troisième type totalement différent des deux premiers : celui qui entre dans l’Église non par suite de sa solitude ou de l’influence exercée par un autre esprit, mais à cause du mépris qu’il éprouve pour la médiocrité ou le mal qui l’environne.

L’Église est le foyer naturel de l’esprit humain.

La vérité est que si l’on cherche à rendre compte du phénomène de la conversion par un des systèmes qui l’expliquent par l’illusion, on n’aboutira à rien. Si vous vous imaginez que la conversion découle de telle ou telle cause erronée ou particulière, limitée et insuffisante, vous vous apercevrez bientôt qu’elle est inexplicable.

À suivre…

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