Chesterton et Nietzsche (2)

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Nous publions la suite de l’étude de Didier Rance sur Chesterton et Nietzsche dont la première partie est lisible ici. Rappelons que Didier Rance, ancien directeur de l’AED-France, est diacre et auteur de plusieurs ouvrages. Il a été récompensé en 2013 par le Grand Prix catholique de littérature. Il a publié cette année aux éditions Ad Solem un nouveau livre intitulé Nietzsche et le Crucifié que nous ne pouvons que vous inviter à lire. Il est certainement l’un des meilleurs connaisseurs français non seulement de G.K. Chesterton mais également de J.R.R. Tolkien sans même parler du cardinal Newman. 

Le géant et le gringalet

Il est difficile d’imaginer deux hommes à l’apparence plus contraire : un géant jovial, rieur et débonnaire et un « gringalet » – l’expression est de Chesterton. Par contre, les similitudes et les affinités intellectuelles entre les deux hommes ne sont pas rares : outre le style (aphorismes, poésie), ils partagent (de façon ambiguë chez Nietzsche) le rejet de ce que le premier appelle le nihilisme (Chesterton utilise parfois le terme), et de la décadence ; si un use du masque, l’autre manie le paradoxe ; tous deux entendent réconcilier la pensée et l’action ;  ils rejettent tout système, et allient souvent une logique intuitive implacable et un style descriptif voire romantique ; ils partagent ( à vrai dire en passant pour Nietzsche) le souci d’un système économique qui ne soit ni socialiste ni capitaliste et favorise l’essor de la petite propriété ; ils font de l’enfant et son sens de l’émerveillement un modèle.
nietzsche-et-le-crucifie_article_largeChesterton parait ainsi plus proche de Nietzsche que du victorianisme bourgeois ou des Décadents de son époque – il ne cache d’ailleurs pas dans La Sphère et la Croix sa sympathie envers Turnbull, l’athée aux accents nietzschéens. Chesterton pourrait même passer pour un « Nietzsche suprêmement élégant et aphoristique, mais domestiqué pour le bureau du gentleman anglais »  selon Stuart Walton et Pierre Klossowski, dans sa préface à la traduction du Nommé Jeudi, tente de faire de lui un nietzschéen, de façon bien peu convaincante si l’on se souvient que la même année, Chesterton publie Orthodoxie.

À suivre…

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