1926 : L’Église catholique et la conversion (3 et fin)

Comme nous l’avions annoncé, nous reproduisons ici l’avant-propos de Hilaire Belloc à la première édition française de L’Église catholique et la conversion (Bonne Presse, 1952), dans la traduction de Robert Aouad.

AVANT‑PROPOS

C’est avec modestie que celui qui est né dans la foi peut aborder le sujet formidable de la conversion. Certes, il est plus facile à qui ignore encore la foi d’aborder ce sujet qu’à celui qui en eut le privilège dès son enfance. Aborder une expérience autre que la sienne (que l’on ne peut saisir qu’imparfaitement), révèle, à la fois, une sorte d’impertinence et une ignorance. Très souvent ceux qui sont nés dans la foi passent par des épreuves personnelles parallèles et, d’une certaine manière, semblables à celles qui conduisent les incroyants à la comprendre et à l’accepter. Souvent, dis‑je, ceux qui sont nés dans la foi traversent une période de scepticisme au cours de leur jeunesse, à mesure que les années passent, et c’est encore un fait commun (moins fréquent cependant qu’il y a une génération) que des hommes de culture catholique, connaissant l’Eglise dès leur enfance, la quittent à l’approche de l’âge viril sans jamais revenir. Mais il existe, de nos jours, un phénomène plus fréquent, et c’est à cela que je me réfère : les individus sur lesquels le scepticisme a exercé une si forte emprise au cours de leur jeunesse découvrent, par l’expérience des hommes et des formes diverses de la réalité, que les vérités transcendantales enseignées dans l’enfance gardent toute leur valeur au cours de la maturité.

Cette expérience du catholique de naissance peut, je le répète, être appelée, en un certain sens, un phénomène de conversion. Mais elle diffère de la conversion proprement dite, qui se rapporte plutôt à la découverte graduelle de l’Eglise catholique et à son acceptation par des hommes et des femmes qui commencèrent leur vie en ignorant son existence, pour qui elle n’a été, pendant leurs années de formation, qu’un nom peut‑être méprisé et certainement sans correspondance avec aucune réalité connue.

Semblables convertis sont peut‑être à la source de la vigueur croissante de l’Eglise catholique à notre époque. L’admiration que le catholique de naissance ressent envers leur courage correspond exactement à celle que l’Eglise des premiers siècles manifestait envers les martyrs. Car le mot « martyr » signifie « témoin ». Le phénomène de la conversion, qui se rencontre dans chaque classe et qui atteint toutes les catégories de personnalités, est le grand témoin moderne de la véracité de la foi, de ce fait que la foi est la réalité et qu’en elle seule se trouve le fondement de la réalité.

Moins on est instruit de ce sujet, plus on s’imagine que ceux qui entrent dans la cité de Dieu sont d’un modèle uniforme. On essaie de définir d’une manière simple l’esprit qui acceptera le catholicisme. On l’appelle désir de sécurité ou attrait des sens qu’exerce la musique ou la poésie. Ou bien encore, on le compare à cette faiblesse particulière (présente dans beaucoup d’esprits) par laquelle on subit l’influence d’autrui, qui modifie son propre caractère.

Une toute petite expérience des conversions-types de notre époque suffit à rendre ridicules pareilles assertions. Les hommes et les femmes pénètrent dans l’Eglise par toutes sortes d’accès possibles, utilisant tous les genres concevables de procédés : lent examen intellectuel, choc, vision, épreuve morale ou simple processus intellectuel. Ils y pénètrent par l’action d’une expérience étendue. Pour certains, cela se produit au cours d’un voyage, pour d’autres en étudiant l’histoire plus que ne le font la plupart des hommes, pour d’autres enfin par suite d’événements personnels de la vie. Non seulement les avenues qui conduisent à la foi sont infiniment nombreuses (bien qu’elles soient naturellement convergentes puisque la vérité est une et l’erreur multiple), mais les types individuels chez qui l’on peut observer le processus de la conversion diffèrent entre eux de mille façons. Si l’on définit quelle émotion ou quel raisonnement a introduit quelqu’un dans le bercail et si l’on essaye d’appliquer cela à un autre, on découvre que cela ne cadre pas. Chacun y pénètre suivant ses dispositions : le cynique aussi bien que le sentimental, le sot autant que le sage, le sceptique comme le conformiste. Aujourd’hui, vous êtes en  présence d’une entrée dans l’Eglise catholique due, sans nul doute, à l’exemple, à l’admiration et à l’inspiration d’un noble caractère ; le jour suivant, vous êtes témoin d’une entrée dans l’Eglise découlant d’une solitude complète, et vous vous étonnez de voir le converti ignorer encore la grande puissance du catholicisme sur la formation de la personnalité. Vous découvrez bientôt un troisième type totalement différent des deux premiers : celui qui entre dans l’Eglise non par suite de sa solitude ou de l’influence exercée par un autre esprit, mais à cause du mépris qu’il éprouve pour la médiocrité ou le mal qui l’environne.

L’Eglise est le foyer naturel de l’esprit humain.

La vérité est que si l’on cherche à rendre compte du phénomène de la conversion par un des systèmes qui l’expliquent par l’illusion, on n’aboutira à rien. Si vous vous imaginez que la conversion découle de telle ou telle cause erronée ou particulière, limitée et insuffisante, vous vous apercevrez bientôt qu’elle est inexplicable.

Il n’y a qu’une explication à ce phénomène – phénomène toujours présent mais particulièrement impressionnant pour les personnes cultivées non catholiques des pays de langue anglaise – il n’y a qu’une explication à la multiplicité des esprits attirés par le grand changement; et cette explication c’est que l’Eglise catholique est la réalité. Si beaucoup prennent une montagne éloignée pour un nuage, alors qu’elle est reconnue comme une masse stable du monde étant donné ses contours fixes et sa qualité permanente, par toutes sortes d’observateurs, et spécialement par des hommes connus par leur intérêt dans la question, par la sûreté de leurs yeux et par leurs doutes antérieurs, il devient évident que la chose que l’on voit est une réalité objective. Cinquante hommes à bord s’efforcent de distinguer la terre. Cinq, dix, puis vingt débarquent, prennent contact et s’en assurent pour leurs camarades. A ceux qui ne la voient pas ou qui la prennent pour un banc de brume, on peut faire remarquer le détail du contour, la structure des points reconnus, tels qu’ils ont été vus par les témoins les plus variés, les plus convergents et donc les plus convaincants – par certains qui ne désirent nullement que la terre soit là, par d’autres qui redoutent son approche, aussi bien que par ceux qui sont contents de la trouver, par certains qui ont longtemps ridiculisé l’idée que ce fût la terre – et de cette convergence de témoignages jaillit l’une des preuves innombrables sur lesquelles reposent les bases rationnelles de notre foi.

Hilaire Belloc

Quand Hilaire Belloc écrivait sur l’Allemagne (2)

Bien que reproduit dans une revue très proche du courant maurrassien, l’analyse d’Hilaire Belloc sur l’Allemagne était plus nuancée que la réduction de ce pays à la seule barbarie qu’aurait incarnée la philosophie allemande et l’esprit prussien. Belloc voyait d’autres composantes dans l’esprit germanique, dont une origine plus catholique et davantage tournée vers Rome, qu’il symbolisait par le nom de Vienne et l’empire austro-hongrois. Malheureusement, malgré l’origine autrichienne d’Hitler, ce dernier incarnait davantage les racines prussiennes. On trouvera ci-dessous la suite de l’article d’Hilaire Belloc dont la traduction française fut initialement publiée dans La Revue universelle du 1er mars 1940.

Quand Hilaire Belloc écrivait sur l’Allemagne

Nous avons publié récemment un éloge d’Hilaire Belloc, le grand ami et le comparse intellectuel de G.K. Chesterton, dû à G.M. Tarcy qui le fit paraître dans La France Catholique du 18 août 1950. Peu traduits en français, les livres d’Hilaire Belloc ne sont plus disponibles aujourd’hui en France. Pour donner une petite idée de sa tournure d’esprit, de son approche des problèmes ainsi que de sa prose, nous commençons ici la publication d’un article dont la traduction française fut publiée une première fois dans La Revue universelle (numéro du 1er mars 1940) dont le fondateur était Jacques Bainville (1879-1936) et le directeur Henri Massis. Il s’agit d’une reprise en français d’un article de Belloc paru initialement dans The weekly Review du 18 janvier 1940. Après la mort de Chesterton, en 1936, l’hebdomadaire qui portait son nom, The G.K.’s Weekly, s’était transformé en Weekly Review. C’est cette publication qui défendit les idéaux distributistes et qui porta auprès du public les analyses de ce courant. On verra ici le jugement, plus nuancé qu’on aurait pu le croire, que Belloc porte sur l’Allemagne et sur la responsabilité des oligarchies financières dans le conflit qui touchait l’Europe, avant de s’étendre au reste du monde. On n’oubliera évidemment pas que cette analyse date du tout début de la Seconde Guerre mondiale

.A suivre…

Belloc, souriant patriarche des lettres anglaises

Plusieurs lecteurs ont signalé la difficulté qu’ils avaient à lire la reproduction de l’article de G.M. Tracy, publié initialement dans La France catholique du 18 août 1950 et reproduit ici et. Nous procédons donc ici à une nouvelle publication du texte intégral, en remerciant une fois encore Daniel A., excellent connaisseur de Belloc, qui nous a fait connaître ce texte en le diffusant auprès de ses connaissances.

Hilaire Belloc, croqué par David Low

Plongé dans un large fauteuil à oreillettes, les phalanges repliées sur l’indispensable canne, M. Hilaire Belloc, en ce premier samedi d’août, voyait défiler devant la cheminée qu’il ne quitte guère, tous ses amis, ses plus fervents admirateurs. Le patriarche des lettres anglaises, le survivant du trio catholique et glorieux – Chesterton, Baring au tombeau – fêtait son quatre‑vingtième anniversaire.

Sous les yeux lourds de pensée, le crucifix, une statuette de la Vierge, à portée de la main, le soufflet qui ranime le feu. Tous les feux, cet homme aux dons fulgurants, les a ranimés. Il a abordé, en conquérant, les domaines les plus étrangers ; l’histoire, la biographie, l’essai, la poésie sont ses fiefs de choix. Il ne triomphe pas moins dans tous les genres, du roman à la satire en passant par les livres de voyage et les vers pour enfants.

Ce grand esprit se recueille maintenant sur les seules choses éternelles, cette voix aux accents si beaux ne se fait plus entendre que de Dieu. N’a‑t‑il pas dit, en plus de cent volumes, tout ce qu’il avait à dire ? Et ce message était substantiel, il nourrissait, il fortifiait, il agissait comme une jouvence sur l’esprit et le cœur, il résonnait aux oreilles avec un éclat qui faisait tituber.

Mais pourquoi ces imparfaits ? L’œuvre de M. Belloc a l’irréductible solidité, l’ineffaçable éclat des gemmes taillées de main savante. On le lira aussi longtemps que la langue anglaise fera l’orgueil des lettres et non l’humiliation des analphabètes.

A la question : « Mais pourquoi l’œuvre de Belloc n’est‑elle pas traduite en français? », M. Michael Derrick répondait voici peu : « II est français, voyons, à quoi bon le traduire ? »

Réplique pertinente. Caprice du destin, ou volonté divine, cette vie commencée à la Celle‑Saint‑Cloud, dans l’une de ces maisons que l’on voit aux toiles d’Utrillo, s’achève, pénétrée d’oraison, à Horsham, village de ce Sussex qu’a chanté l’historien‑poète et qui, royaume jadis, n’est plus qu’un comté.

Ce n’est pas la Sorbonne qui l’a formé, mais Oxford, et si, français, catholique, il s’est plongé dans le cours tumultueux, maritime et sanglant de l’histoire anglo-saxonne, c’est en homme qui l’étudie à la fois du dehors et du dedans. Qu’il y apporte un fonds, proprement français, il se peut, – mais à un certain degré, éminence et de profondeur, l’écrivain échappe aux classifications.

Il est lui‑même à travers les races et les âges. Et le langage, accent, rythme, n’est‑il pas le vêtement splendide et tyrannique, tunique de Néssus, étoffe couleur de temps, qui fait du poète le prisonnier du verbe ?

Belloc, britannique de naissance, eût‑il été ce monarchiste qui a défendu le gouvernement personnel de Louis XIV, de Charles Ier, en l’opposant au gouvernement de classe qu’est l’aristocratie, eût‑il désigné dans le roi absolu le seul champion de l’homme pauvre, de l’humble, du petit contre les « puissances d’argent », les usuriers, les hommes de loi, les prêteurs, les démagogues?

Eût‑il vu dans l’Angleterre le seul Etat aristocratique qui, à la veille de la guerre, existât encore en Europe, fondé sur le protestantisme et le mercantilisme, communauté dans laquelle une oligarchie dirige les affaires publiques, exerce son contrôle sur la politique intérieure et étrangère, les cours de justice, l’instruction publique, tandis que cette structure sociale apparaît naturelle à tous les citoyens ?

C’est à la lumière de ces idées, qui sur certains points l’apparentent à Maurras, qu’Hilaire Belloc a étudié l’histoire de son pays d’adoption, dirigé son ample et profond regard sur certaines époques de la nôtre, arrêté une attention à quoi rien n’échappe sur le vaste champ des croisades. Une foule immense de figures qui ont bouleversé les destins de l’homme, ému les cours jusqu’à nos jours, entourent de leurs ombres irritées ou reconnaissantes le haut vieillard barbu de Horsham

Marie‑Antoinette, Jacques II, Richelieu, Danton, tandis que se projettent sur les murs les fresques immenses de ses grandes œuvres, que se fait entendre dans une poudre de sons exquis, « L’éloge du vin », ce grand poème dont le critique A. G. Macdonell a dit qu’il était « toute la civilisation latine comprimée en huit pages », où tous les dogmes, saturés de joie franciscaine, sont symbolisés dans le vin du dernier sacrement, et qui s’achève dans un embrasement de foi et d’amour.

Belloc, auteur universel, humoriste désopilant et féroce – qui résisterait au comique de la « Maison hantée ? » – n’a pas craint, dans l’indifférence de l’avant-guerre, de faire entendre la voix du prophète. « L’Europe retournera à la foi où elle périra » a‑t‑il dit dans son livre intitulé précisément, L’Europe et la foi. Peut‑être était‑il plus nécessaire encore que ces vérités fussent dites en Angleterre qu’en France, où la « vieille foi », comme disent les catholiques d’outre‑Manche, est encore celle d’une majorité, où elle n’a jamais cessé d’être jeune.

Nul, plus que Belloc, n’a été assuré de la vérité de son Evangile, de ses évangiles. Il l’a prêché, il les a prêchés, avec l’autorité que lui donnaient un vaste savoir, son expérience parlementaire, une foi inébranlable, des convictions absolues, une langue dont le poète Rupert Brooke a dit qu’aucun homme au monde n’en n’écrivait de meilleure.

Avant même que l’Angleterre lui apportât ces jours passés un tribut d’admiration, fit d’un pesant anniversaire, une fête cordiale et vivante, l’auteur de tant d’ouvrages, celui de cette formule lapidaire « la lucidité est l’âme du style », s’était fait accessible au grand public par la publication d’un volume d’ « Essais choisis », où sa voix retentit dans toute sa surprenante diversité.

Qu’elle ait longtemps résonné dans le désert, il est certain, hélas  Mais depuis saint Jean‑Baptiste, ce sont les seules voix qui vaillent la peine d’être écoutées.

G.M Tracy
La France catholique,  18 août 1950

Hilaire Belloc vu par G.M. Tracy (2)

De gauche à droite : Hilaire Belloc et G.K. Chesterton

Seul survivant d’un grand nombre d’amis, au premier rang duquel il faut placer G.K. Chesterton (le pendant du « Chesterbelloc » dénoncé par G.B. Shaw) et Maurice Baring, mais aussi Ronald Knox, par exemple, Hilaire Belloc (1870-1953) fut un écrivain fort prolixe, profondément catholique et qui mena toute sa vie durant la bataille des idées, sans épargner les adversaires qui tombaient sous le feu nourri de sa polémique. Mais il fut aussi un historien exigeant, un poète inspiré et un conteur pour enfant, encore apprécié aujourd’hui. En 1950, dans La France Catholique, G.M. Tracy lui rendait un fervent hommage à l’occasion de la célébration de son 80e anniversaire. Nous avons déjà publié la première partie de cet article (ici) et nous achevons la reproduction de cet examen de l’influence de Hilaire Belloc, trois ans avant que la mort ne l’emporte et qu’il ne rende son âme à Dieu (merci à D.A.).

Hilaire Belloc vu par G.M. Tracy

Ami de Chesterton, l’écrivain et historien Hilaire Belloc est aujourd’hui peu connu en France. Franco-anglais, il avait tout pourtant pour retenir l’attention du public français, si ce n’est des idées politiques qui, tout en étant proches de celles de Chesterton, ne s’exprimaient pas sur un mode aussi allègre. Cette méfiance, pour ne pas dire plus, envers Belloc n’a pas toujours été de mise, comme le montre l’article signé G.M. Tracy, dont nous commençons la reproduction ici (grâce à D.A. que je remercie), paru dans La France Catholique le 18 août 1959.

A suivre…

Un ami de Chesterton honoré par l’Irlande

Nous sommes très heureux d’annoncer que Pierre Joannon, écrivain et grand spécialiste de l’Irlande, vient une nouvelle fois d’être honoré par ce magnifique pays qu’est l’Irlande.
Selon un communiqué disponible sur le site de l’Ambassade d’Irlande en France :

L’Ambassade est heureuse d’annoncer que M. Pierre Joannon, Consul Général Honoraire d’Irlande pour le sud de la France a été choisi comme l’un des premiers récipiendaires du nouveau Prix « Presidential Distinguished Service Award for the Irish Abroad » (Prix accordé par le Président de l’Irlande pour services rendus par les Irlandais à l’étranger).
M. Eamon Gilmore, TD, Tánaiste (Vice-Premier Ministre) et Ministre des Affaires étrangères et du Commerce, a rendu public la liste des récipiendaires le 5 septembre dernier. Le Prix souligne le travail important et remarquable réalisé en faveur de l’Irlande, des communautés irlandaises à l’étranger ou de la réputation internationale de l’Irlande.

M. Joannon est un spécialiste de l’histoire irlandaise à propos de laquelle il a écrit de nombreux livres et articles. Il est l’auteur des seules biographies en français de Michael Collins et John Hume. Fondateur de l’Ireland Fund de France, il est Consul Général Honoraire d’Irlande pour le sud de la France depuis 1973.

Pierre Joannon est aujourd’hui le meilleur spécialiste français de l’Irlande, celle d’hier comme celle d’aujourd’hui. Consul général de la République d’Irlande pour la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, dont il est originaire et où il réside, il a fondé la revue Études irlandaises. En 1997, sur proposition du Premier ministre la nationalité irlandaise lui a été accordée pour « services rendus à la nation ». Il a consacré toute son existence à cette belle terre d’Irlande. À côté de nombreux titres et de responsabilités, son œuvre en témoigne dont voici un aperçu :

Histoire de l’Irlande, éditions Plon, Paris, 1973.

L’Irlande que j’aime (avec des photographies d’Erwan Quéméré et une préface de Michel Déon), éditions Sun, 1978.

Le Rêve irlandais : thèmes et figures du nationalisme irlandais, éditions Artus, 1988.

L’Irlande ou Les musiques de l’âme (sous la direction de Pierre Joannon, assisté de Hervé Glot), éditions Artus, 1989 ; réédition : éditions Ouest-France, Rennes, 1995.

L’Hiver du connétable : Charles de Gaulle et l’Irlande, éditions Artus, 1991.

Dublin, 1904-1924 : Réveil culturel, révolte sociale, révolution politique : un patriotisme déchiré, éditions Autrement, série « Mémoires » no 6, 1991.

Antibes, l’Eden retrouvé : Anthologie (édition établie par Pierre Joannon), La Table ronde, coll. « La Petite Vermillon », 1991.

La Riviera de Maupassant, éditions Demaistre, coll. « Guides d’Azur », 1997.

Michael Collins : une biographie, La Table ronde, Paris, 1997 ; réédition : La Table ronde, coll. « La Petite Vermillon », 2008.

La descente des Français en Irlande, 1798 : journaux des généraux Sarrazin et Fontaine et du capitaine Jobit, lettres du général Humbert et rapport de lord Cornwallis (édition établie et annotée par Pierre Joannon), éditions La Vouivre, coll. « Du Directoire à l’Empire » no 12, 1998.

Irlande, terre des Celtes (avec des photographies de Seamas Daly), éditions Ouest-France, coll. « Tourisme-Itiner », 1999.

John Hume, éditions Beauchesne, coll. « Politiques & chrétiens » no 15, 2000.

Histoire de l’Irlande et des Irlandais, Librairie académique Perrin, 2005.

Irlande, Gallimard, coll. « Encyclopédies du voyage », 2006.

Un poète dans la tourmente, Terre De Brume, Rennes, 2010.

Ajoutons que Pierre Joannon est aussi un lecteur de Chesterton, qui n’est certes pas Irlandais à l’inverse de son fraternel adversaire, G.B. Shaw, mais qu’il aima lui aussi l’Irlande, au point de lui consacrer un ouvrage après une courte visite en 1918 : Irish Impressions.

L’Association des Amis de Chesterton est heureuse de féliciter Pierre Joannon, qui à plusieurs reprises a manifesté son intérêt pour G.K. Chesterton, pour ce nouveau prix qui couronne une fois encore un travail inlassable en faveur d’une meilleure connaissance de l’Irlande.

Que l’on nous permette de terminer par une citation de Chesterton, extraite de son William Blake :

Nous ne savons pas ce qu’est l’Irlande; et nous ne le saurons jamais tant que l’Irlande ne sera pas libre, comme n’importe quelle nation chrétienne, de créer ses institutions.

Mais grâce à Pierre Joannon nous savons, nous Français, un peu de ce qu’est l’Irlande.

Connaissez-vous Leonard Wibberley ?

Un des lecteurs de ce blogue a attiré récemment notre attention sur l’écrivain Leonard Wibberley, peu connu en France et qui ne manque pas de ressemblance avec G.K. Chesterton. À notre demande, il a bien voulu écrire un texte de présentation de cet écrivain, texte que nous sommes heureux de publier ci-dessous. 

Leonard Patrick O’Connor Wibberley naquit à Dublin en Irlande le 9 avril 1915. Son père, Thomas Wibberley, professeur d’agronomie, enseignait à l’University College de Cork ; il commit plusieurs ouvrages qui défendaient l’idée d’un Royaume-Uni auto-suffisant et ce, sans l’Empire. Lorsqu’il mourut en 1932, le jeune Leonard Wibberley dut abandonner ses études et travailler. Il fit de nombreux petits métiers de rue et débuta une carrière de journaliste après une courte période dans une maison d’édition. Il travailla au Sunday Dispatch puis au Daily Mirror et devint rédacteur en chef dans un journal à la Trinité-et-Tobago, alors colonie anglaise. En 1943 il devint correspondant de guerre aux États-Unis pour le compte des Evening News de Londres ainsi que rédacteur à l’Associated Press de New-York.

Une fois la guerre terminée, il voyage avant de revenir s’installer définitivement en Californie en 1947. Il trouve un emploi comme journaliste au Los Angeles Times et s’attelle à l’écriture ; son premier roman paraît en 1952 (La Barbe du Roi).

Il devint célèbre en 1955 avec la parution de La Souris qui rugissait (The Mouse that roared) qui fut adapté au cinéma en 1959 avec Peter Sellers dans les rôles principaux (il joua trois personnages des plus dissemblables). Le succès de cette première Souris donna lieu à trois suites (The Mouse on the Moon, The Mouse on Wall Street et The Mouse that Saved the West) ainsi qu’une chronique médiévale (Beware of the Mouse). Débuta aussi à la fin des années 50, une série pour enfants narrant les déboires d’un soldat anglais en lutte contre les insurges américains (John Treegate, série de six livres) ; Wibberley fut un écrivain pour enfant des plus prolifique publiant sous pseudonyme (Patrick O’Connor). En 1959, sous le masque de Léonard Holton (il usa du nom de jeune fille de sa femme), il commença à narrer les aventures policières d’un moine franciscain de Los Angeles, Father Joseph Bredder. La première des aventures The Saint Maker porta d’ailleurs en sous-titre « In the tradition of G. K. Chesterton’s Father Brown, a superb mystery thriller » ce qui est à la fois un hommage filial et une bonne introduction à l’esprit de cette série.

Il ne se contenta pas d’une carrière littéraire et fut également un animateur de radio réputé pour les nombreuses pièces radiophoniques qu’il y joua. Ses talents multiples et son ardeur de polygraphe firent qu’il écrivit plus de cent livres. Si Chesterton bénéficia de solides relais en France comme Paul Claudel, Wibberley ne vit son oeuvre que faiblement traduite. Les Editions Fasquelles traduisirent plusieurs de ses oeuvres au cours des années cinquante (La Souris qui rugissait en 1955, Feu l’Indien de Madame en 1957, Mc Gillicuddy Mc Gotham en 1958, Passez-moi le président en 1958, Prenez garde à la souris en 1959, Vers une île lointaine en 1960) et les Presses de la Cité firent paraître en 1971 une traduction de Le Dernier Safari.

Il mourut le 22 novembre 1983 d’une crise cardiaque. Ses enfants déposèrent selon ses dernières volontés la totalité de ses papiers aux Archives de Californie.

Thomas Delannoy