Les poèmes de Chesterton dans les Collected Works (2)

Chesterton, en jeune artiste (1890)

Nous avions annoncé que nous reviendrions sur le dernier volume paru des « Collected Works » de Chesterton chez Ignatius Press dont l’édition a été assurée par Denis J. Conlon. Il s’agit de la troisième partie du volume X consacré à la poésie de notre auteur. Cette troisième partie déconcerte un peu le lecteur en ce qu’elle contient des poèmes de périodes très différentes, s’étalant de la prime jeunesse de l’auteur à la veille de sa mort. Les premiers sont antérieurs à 1900, date à laquelle débutent les poèmes publiés dans la partie I et II de ce volume X. Cette date de 1900 ne représente pas une césure artificielle pour le besoin de la composition de ces volumes des « Collected Poetry ». Elle indique la frontière entre le poète privé et le poète public, celui qui ose offrir à un public ses premiers vers. C’est d’autant plus vrai pour Chesterton que ses deux premiers livres sont justement des recueils de poèmes, à savoir Greybeards at Play et The Wild Knight.

Les premiers poèmes que l’on trouve dans cette partie III du volume X datent des années 1890, Chesterton avait juste 16 ans. Il était encore élève à St Paul’s School. Une période à la fois difficile et fascinante pour le jeune garçon. 16 ans, si l’on croit ce qu’il exprime dans Orthodoxie, c’est l’âge de l’agnosticisme :

« Tout ce que j’avais appris jusque-là de la théologie chrétienne m’en avait détourné. J’étais un païen à douze ans et un parfait agnostique à seize. »

Mais c’est aussi l’époque de la fondation du « Junior Debating Club » qui rassemblait une douzaine de garçons, liés entre eux par l’amitié, laquelle dura pour certains bien au-delà de cette époque scolaire. Le « Junior Debating Club » était le prétexte à des discussions selon un rituel toujours identique. Ils se réunissaient chez l’un ou l’autre, débutaient par une tasse de thé fort, l’un d’entre eux lisait une communication puis le débat démarrait.

S’ils débutent en 1890 avec une seconde version de « Love is Enough », ces premiers poèmes s’étendent jusqu’en 1899. Après St Paul’s School qu’il quitte en 1892, Chesterton est entré à la célèbre Slade School et à University College où il suivait (ou essayait de suivre) des cours de littérature anglaise. Il resta trois ans à Slade School, jusqu’en 1895, puis il s’essaya au journalisme et travailla pour différentes maisons d’éditions. Cette période est aussi celle de la rencontre avec Frances Blogg dont il tombe éperdument amoureux et qu’il épousera seulement le 28 juin 1901, après de longues fiançailles dues à une situation financière fragile. Plusieurs poèmes se ressentent de cette période, notamment celui (« Dedicated ») qui est consacré à Gertrude Blogg, sœur préférée de Frances, un temps secrétaire de Rudyard Kipling et qui fut écrasée par un omnibus en 1899.

Dans l’ensemble, ces poèmes sont tantôt solennels, tantôt plus allègres. Ils reflètent la passion amoureuse de l’auteur autant que ses positions religieuses de l’époque.

Presque à la même époque, plus exactement dans une période comprise entre 1898 et 1908, datent des poèmes adressés à Rhoda Bastable.

Rhoda était une jeune cousine de Frances Blogg, née en 1890 et qui devait décéder en 1941. À l’époque de ces poèmes, elle est donc âgée de 8 ans et Chesterton compose pour elle un petit ensemble, associant poèmes et dessins, avec ce style si particulier où l’humour est au rendez-vous.

« Society for The Encouragement of Rain »

Ce premier petit recueil de quelques pages est « publié » sous l’égide de la « Society for The Encouragement of Rain » dont la présidente est « Miss Rhoda Bastable », le secrétaire « Mr. G.K. Chesterton » et l’ennemi éternel « Miss Blogg ». Dans son mot à Rhoda (l’ensemble est envoyé par la Poste), Chesterton indique qu’il se situe ici dans la tradition du « nonsense » et qu’il s’agit d’une suite à ce qu’il avait dessiné le dimanche précédent. Ces poèmes pour la « Society for The Encouragement of Rain » sont complétés dans ce volume d’un autre, qui date, lui, de 1908, accompagné également d’un dessin, et qui narre l’histoire des différents maris (hypothétiques) de Rhoda. On trouve également un autre poème illustré, « The Fish out of Water », de 1898 également. Rhoda Bastable dut occuper une place particulière dans l’affection de Chesterton puisqu’il lui dédia son étude sur Dickens, publiée en 1906.

En attendant, Chesterton reprendra dans Greybeards at Play, son premier recueil publié, avec quelques variantes, notamment dans les dessins, le poème composé pour la « Society for The Encouragement of Rain ». Intitulé au départ, « The Poet and Nature », il devient dans le recueil « The Oneness of the Philosopher with Nature ». Les strophes 2, 4, 5, 7, 8, 9, 10, 11 et 12 (celle-ci n’existe pas dans la version adressée à Rhoda) changent.

Toujours dans Greybeards at Play, on retrouve un autre poème adressé à Rhoda. Intitulé dans la première version « The Fish out of Water », il est devenu « Of the Dangers Attending altruisme on the High Seas ». D’autres changements ? Chesterton a introduit une strophe supplémentaire, entre la 2e et la 3e strophe originaires, cette dernière devenant donc la quatrième du poème publié dans Greybeards at Play. Il a changé le début de la 5e strophe : « Let’s take him on the ship at once » devenant « We’ll get him up on board at once ». Les strophes 9 à 12 sont ensuite entièrement différentes ainsi que la conclusion du poème (« Moral ») qui comprend deux strophes à l’origine et quatre dans le recueil publié. À l’exception d’un (ci-dessous), les dessins ont été refaits aussi par Chesterton.

 

Chesterton et Baring (sans oublier Belloc)…

G.K. Chesterton, Maurice Baring (debout) et Hilaire Belloc

 

On connaît la célèbre peinture (ci-dessus) qui représente Chesterton, Hilaire Belloc et Maurice Baring. De ces trois amis, Chesterton est aujourd’hui le plus connu pendant qu’Hilaire Belloc souffre d’être mis à l’écart et que Maurice Baring, lui, est complètement oublié.

Comme Chesterton, Maurice Baring naquit en 1874 au sein d’une riche famille de banquiers portant titre de baron (de Revelstoke). Après Eton, il poursuivit ses études à Trinity College à Cambridge avant de se lancer dans une carrière diplomatique. Celle-ci, cependant, ne dut que peu le satisfaire puisqu’il l’abandonna pour le journalisme en entrant au Morning Post. À ce titre, il voyagea à l’étranger et, les connaissances acquises comme diplomate, puis comme journaliste, associées à une maîtrise de plusieurs langues, aussi bien anciennes (latin, grec) que modernes (français, allemand, italien, russe et danois), lui permirent de bien saisir la mentalité des peuples visités, de les comprendre de l’intérieur et avec leurs mots. Ajoutons que ce voyageur était aussi un violoniste et un aquarelliste de talent.

Pendant la Première Guerre mondiale, il rejoignit la RAF, combattit honorablement et fut décoré de l’Ordre de l’Empire britannqiue. L’après-guerre le vit rencontrer le succès comme romancier, notamment avec Daphne Aeane (1926) et Robert Peckham qui seront traduits en français.

Devenu catholique au début du XXe siècle, Baring dira plus tard que cette conversion est la seule action de sa vie qu’il n’a jamais regrettée.

Atteint de la maladie de Parkinson, il vivra les 15 dernières années de sa vie loin de tout et de tous, avant de mourir en 1945. Mais Chesterton et Baring correspondirent jusqu’à la mort du premier en 1936, malgré des tempéraments bien différents voire opposés.

Virginia Woolf, qui l’appréciait beaucoup, écrira de Baring :

« Il ne peut faire qu’une chose, ce qu’il est lui-même ; un charmant anglais, propre, modeste, sensible ; en dehors de cela qui ne porte pas loin et n’illumine guère, tout est comme cela doit être : léger, sûr, proportionné, et même émouvant. Raconté de manière si distingué que rien n’est exagéré mais que tout est en rapport et bien équilibré. Je pourrais lire de tels livres éternellement, me suis-je écriée ».

Elle lui écrira également  :

« Votre simplicité est une leçon pour nous tous ».

Chesterton se serait inspiré de Baring pour dresser le portrait d’Horner Fisher, héros de L’Homme qui en savait trop. Comme nous l’écrivions dans la notice consacrée à ce livre :

Pour composer son personnage, Chesterton se serait inspiré de son ami Maurice Baring, homme respectable et respecté, issu du meilleur milieu aristocratique, élégant, fin et cultivé, passionné des questions militaires. Il manquerait juste à Horner Fischer l’humour et la capacité d’auto-dérision que l’on attribue généralement à Maurice Baring. Il ne faut cependant pas voir dans le héros une copie conforme de l’ami dans la vie réelle, pas plus que le Father Brown est exactement une copie conforme de Mgr O’Connor. »

Nous reproduisons ci-dessous la préface que Hilaire Belloc avait accepté d’écrire pour la publication en français du roman de Baring : « Robert Peckham » aux éditions Paul Hartmann (1932).

Le Chesterton du Père de Tonquédec (7)

Chesterton, sa femme Frances et leur chien, Winkle.

Nous poursuivons avec ce billet la suite de notre reproduction d’extraits du livre du Père Joseph de Tonquédec, G.K. Chesterton, ses idées et son caractère. Il s’agit ici du quatrième chapitre de cette étude qui porte essentiellement sur la religion de l’écrivain qui n’était pas encore converti officiellement au catholicisme. Une religion « chestertonienne » qui déconcerte le jésuite thomiste et notamment le recours aux contes de fées pour défendre le dogme (cf. Orthodoxie). On pourra lire le précédent billet sur ce sujet en cliquant ici.


Comment Father Brown fut à l’origine de la conversion d’Alec Guinness

Alec Guinness, alias le Father Brown, dans les Catacombes de Paris

Sir Alec Guinness (1914-2000) fut l’un des plus brillants acteurs britanniques du XXe siècle qui incarna, sur scène, à l’écran et même à la télévision, un nombre prodigieux de personnages. Il est particulièrement cher à notre blogue pour avoir campé le personnage de Father Brown dans le film éponyme réalisé par Robert Hamer, qui sortit sur les écrans britanniques le 8 juin 1954.

Le choix d’Alec Guinness pour camper le personnage imaginé par G.K. Chesterton, pourra sembler assez… paradoxal, car, physiquement, quoi de commun en la silhouette épaisse, pataude et maladroite du prêtre détective et celle élancée, élégante et “aristocratique” du grand comédien ? Pourtant, à l’occasion du tournage de ce film, quelque chose de très mystérieux se passa…

Alec Guinness fut élevé dans la religion anglicane et songea même, alors qu’il servait dans la Royal Navy, pendant la Seconde Guerre mondiale, de devenir pasteur anglican après le conflit. Mais le tournage de Father Brown allait en disposer autrement.

Le film fut tourné en France, dans un petit village de Bourgogne. Ce ne sera pas, d’ailleurs, la seule “contribution” française à cette production, puisque la musique du film fut composée par Georges Auric.

Un jour, en fin d’après-midi, après que le programme de tournage des scènes prévues fut achevé, Alec Guinness rentra vers son logement, mais il avait conservé le costume ecclésiastique qu’il portait pour son rôle. Sur le chemin, un garçonnet vint vers lui, lui prit la main et trottina à ses côtés tout en lui parlant. Alec Guinness parlait mal le français et le petit Bourguignon pas du tout l’anglais, mais il poursuivit son babillage, jusqu’au moment où il lâcha la main d’Alec Guinness pour rentrer chez lui. Cet événement fortuit, d’autres diront providentiel, marqua profondément l’acteur : « Poursuivant mon chemin, je pensai qu’une Église capable d’inspirer une telle confiance chez un enfant, qui rend ses prêtres même quand on les connaît pas, si facilement abordables, ne pouvait pas être aussi intrigante ou effrayante qu’on le dit si souvent. J’ai commencé à me débarrasser des préjugés qu’ont m’avait appris et que j’avais absorbés de longue main ».

Moins de deux ans plus tard, le 24 mars 1956, Alec Guinness entra dans la pleine communion de l’Église catholique. L’année suivante, son épouse, depuis 1938, l’y suivra. Puis, peu de temps après, le fils né de cette union, le comédien Matthew Guinness, né en 1940.

L’acteur sera un fidèle pratiquant catholique jusqu’à son dernier jour. L’habit, en quelque sorte, a fait le moine…

D.H.

Le Chesterton du Père de Tonquédec (6)

Après avoir publié l’introduction, des extraits des deux premiers chapitres, nous continuons avec le troisième chapitre du livre du Père de Tonquédec consacré à Chesterton : G.K. Chesterton, ses idées et son caractère.

Dans ce troisième chapitre, intitulé « L’Art », le théologien relie l’écrivain au dessinateur qu’il était, mettant en évidence dès les premières lignes qu’il était plus « coloriste » que dessinateur. Le Père de Tonquédec montre surtout combien cette qualité transparaît dans ses descriptions romanesques.

Pour accompagner cette analyse du jésuite, nous publions un dessin de Chesterton.

Le Chesterton du Père de Tonquédec (4)

Nous continuons ici la publication des premières pages du premier chapitre du livre que le Père de Tonquédec consacra à Chesterton en 1920. Ce premier chapitre est intitulé « la philosophie d’un humoriste ». La publication de ce chapitre a déjà donné lieu à deux billets (ici et ). Ces publications furent précédées de celle de l’introduction du livre du Père de Tonquédec (que l’on trouvera ici).

Rappelons que nous reproduisons ce texte  sous le format « image », en espérant un confort de lecture suffisant pour nos lecteurs. Dans le cas contraire que ces derniers n’hésitent pas à nous le faire savoir. La dernière image que nous avons publiée contenait cette phrase sur laquelle elle se terminait :

Dans une telle conception, affirme notre auteur

Nous allons pouvoir désormais lire la suite. Bonne lecture et bonne découverte.

Fin de notre reproduction partielle du premier chapitre de G.K. Chesterton, ses idées et son caractères (Nouvelle Librairie Nationale, 1920) du Père Joseph de Tonquédec de la Compagnie de Jésus.

Le Chesterton du Père de Tonquédec (3)

La philosophie d’un humoriste. C’est sous ce titre que le Père de Tonquédec, membre de la célèbre Compagnie de Jésus, fondée par saint Ignace de Loyola, aborde la pensée de G.K. Chesterton dans le premier chapitre du livre qu’il lui consacre en 1920, G.K. Chesterton, ses idées et son caractère.

À l’époque, le sujet de cette étude est vivant, et bien vivant. Journaliste, poète et auteur de plusieurs romans et essais, il s’est fait connaître du public anglais par son style surprenant, ses idées peu conformes à l’air du siècle, mais également par ses études littéraires. Il séduit, mais il agace aussi. Les Français, qui le découvrent à travers les premières traductions, sont le plus souvent déconcertés tout en étant attirés. Le Père de Tonquédec n’échappe ni à cette fascination ni à cette interrogation. Mais, en lui, le philosophe thomiste voit le service que l’humour de l’écrivain anglais peut rendre à la défense de la foi catholique, à condition d’y mettre certains limites.

Nous continuons (voir ici et ) ci-dessous la publication d’extraits du premier chapitre du livre du jésuite. Le dernier extrait que nous avons publié se terminait par cette phrase : « Personne ne doit se mêler d’employer le mot « progrès » ». Nous publions maintenant la suite :

Le Chesterton du Père de Tonquédec (2)

Nous avons récemment commencé la publication d’extraits du livre du Père Joseph de Tonquédec, Chesterton, ses idées et son caractère, première étude française d’ampleur sur le sujet, parue en 1920. Après la reproduction de l’introduction, nos lecteurs trouveront ci-dessous les premiers extraits du premier chapitre intitulée, La philosophie d’un humoriste

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Le Chesterton du Père de Tonquédec (1)

 

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L’une des premières et des principales études consacrées en France à G.K. Chesterton a été publiée par le R.P. Joseph de Tonquédec de la Compagnie de Jésus. Cette longue analyse a d’abord paru dans Les Études, revue des pères Jésuites, dans trois numéros successifs du 20 avril, 5 mai et 20 mai 1920. Ces articles ont été ensuite rassemblés dans un livre intitulé G.K. Chesterton, ses idées et son caractère, publié la même année par La Nouvelle Librairie nationale, maison d’édition proche de l’Action française. Comme l’auteur le laisse entendre à la page 9 de ce livre, son étude a été écrite ou a commencé à être écrite fin 1919.

Nous nous proposons de reproduire plusieurs extraits de ce livre, aujourd’hui complètement épuisé et qui n’a jamais été réédité. Son intérêt réside dans le caractère systématique qu’a voulu donner le Père de Tonquédec à son étude. Il envisage son sujet sous plusieurs angles, même s’il ne manque pas de préciser qu’il n’a pas lu l’intégralité des livres de Chesterton, se contentant principalement de trois sources : Heretics, Orthodoxy et The Ball and The Cross, trois ouvrages alors introuvables en français et que le Révérend Père a donc lu dans leur version anglaise. Il signale malgré tout que plusieurs ouvrages de Chesterton ont été édités à cette époque en France, mais peut-être les considère-t-il comme mineurs.

C’est principalement en théologien que le Père de Tonquédec aborde l’œuvre de l’écrivain anglais, essayant de le situer dans le cadre d’une philosophie particulière et dans les débats religieux de l’époque. Contrairement à beaucoup de ses contemporains, le Père de Tonquédec prend Chesterton au sérieux et perçoit derrière la fantaisie et l’humour, la présence d’une véritable philosophie. Mais il est visiblement déconcerté par son sujet, même s’il éprouve une réelle sympathie envers lui, voire une certaine fascination.

Et c’est justement ce qui est intéressant de découvrir aujourd’hui dans la lecture du jésuite, la façon et la manière dont les contemporains de Chesterton le percevaient alors même que son parcours n’était pas achevé et sa pensée, arrêtée. Outre la qualité et les limites de son étude, le Père de Tonquédec est un témoin de cette fascination pour Chesterton, du vivant même de l’auteur, sans que le jésuite ait pu avoir toutes les clefs nécessaires pour bien saisir la complexité de cette âme et de cette pensée.

Un mot rapide sur le Père de Tonquédec. Né le 27 décembre 1868 à Morlaix, il était titulaire d’un doctorat de philosophie (1899) et d’un autre en théologie (1905). Il a d’ailleurs enseigné la philosophie à Tours de 1899 à 1901. Il fut également l’exorciste officiel du diocèse de Paris de 1924 à 1962, année de sa mort. Adversaire de Maurice Blondel, il fut aussi un auteur reconnu et on lui doit, outre son livre sur Chesterton :

– L’œuvre de Paul Claudel (1927).

– La Crititique de la Connaissance, (1929)

– La critique de la connaissance (1929).

– Philosophie bergsonienne (1936).

– Les maladies nerveuses ou mentales et les manifestations diaboliques (1938).

– Introduction à l’étude du Merveilleux et du Miracle (1938).

– La philosophie de la nature (1956)

– Léonce de Grandmaison et Joseph de Tonquédec, La Théosophie et l’Anthroposophie (1938)

Nous reproduisons ci-dessous l’introduction à son livre sur Chesterton. Cet ouvrage, outre cette introduction, comprend quatre chapitres :

I– La philosophie d’un humoriste

II– Une manière de prendre la vie

III– L’Art

IV– La Religion

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Chesterton et George MacDonald

 

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Il a été admiré par Chesterton et J.R.R. Tolkien. Il a profondément influencé C.S. Lewis, le créateur du monde de Narnia. Né en 1824, décédé en 1905, George MacDonald est un auteur peu connu du public français. Pasteur, il fut aussi l’un des précurseurs de la littérature fantastique, encourageant notamment Lewis Caroll à publier son Alice au pays des merveilles.

 

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L’un de ses ouvrages les plus célèbres, La Princesse légère, vient d’être publié en langue française aux éditions suisses Raphaël, avec des illustrations de Maurice Sendak. Le même éditeur réédite aussi La Clef d’or, toujours avec des illustrations de Maurice Sendak et une postface de W.A. Auden qui l’admirait profondément. Dans ce texte, Auden donne ce conseil à propos des contes :

 

Un conte comme La Clef d’or, d’autre part, exige du lecteur un abandon total ; aussi longtemps qu’il est dans le monde du conte, il ne doit pas y en avoir d’autre pour lui.

 

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Au chapitre XI de Surpris par la joie, son autobiographie spirituelle, C.S. Lewis raconte comment il se mit à lire lors d’un voyage en train, Phantastes, a faerie Romance de MacDonald, ce qui eut pour premier résultat qu’il ne vit pas le voyage passer. Mais surtout, écrit Lewis :

 

Cette nuit-là mon imagination fut, en un certain sens, baptisée ; pour le reste de ma personne, il fallut naturellement plus de temps.

 

Lewis en fait aussi un des personnages de son livre, Le Grand Divorce, entre le ciel et la terre.

 

De son côté, Chesterton a été influencé par MacDonald et notamment par la lecture, alors qu’il était enfant, de La princesse et le Gobelin. Dans la préface qu’il a donnée à la biographie de MacDonald écrite par son fils, Chesterton n’hésite pas dire que ce livre a changé sa vision des choses et qu’il comptait son auteur comme l’un des trois ou quatre plus grands hommes du XIXe siècle. Il a d’ailleurs présidé en 1924 la célébration du centenaire de George MacDonald.