Le chrétien face à l’univers (aphorisme chestertonien 327)

Le chrétien admet que l’univers comporte la multiplicité et le mélange, de même que l’homme sain sait que lui-même est complexe. L’homme sain sait qu’il a quelque chose en lui de la bête, quelque chose du démon, du saint, du citoyen. Bien plus, l’homme réellement sain sait qu’il a en lui quelque chose du dément. Mais le monde du matérialiste est tout à fait simple et solide, tout comme le fou est tout à fait sûr qu’il est bien portant. Le matérialiste est sûr que l’histoire n’a été qu’un enchaînement mécanique de causes et d’effets comme l’intéressant personnage mentionné plus haut est tout à fait sûr qu’il est simplement et uniquement un poulet. Les matérialistes et les fous n’ont jamais de doutes.
Orthodoxie

Pour les technocrates (aphorisme chestertonien 326)

Si nous considérons le progrès de notre civilisation scientifique, nous constatons partout un accroissement progressif du rôle du spécialiste au détriment de la fonction populaire. Il fut un temps où les hommes chantaient en chœur autour d’une table ; aujourd’hui c’est homme qui chante tout seul, pour la raison absurde qu’il chante mieux. Si la civilisation scientifique se développe davantage, ce qui est fort improbable, il arrivera qu’un homme seulement pourra rire parce qu’il saura mieux rire que les autres.
Hérétiques

Capitalisme et concurrence (aphorisme chestertonien 325)

Le capitalisme qui prônait la concurrence craignit à l’origine le Trust autant que le Syndicat. L’homme de Manchester à la tête dure apparaît encore sur les planches en compagnie du joyeux curé et de la femme de chambre française. Puis le capitalisme devint l’adversaire de la concurrence, car c’est bien lui qui la tua et non le socialisme. Ceux qui avaient mené campagne contre le Trust durent, par ordre, le défendre. Ils obéirent, arguant que le monopole est aussi efficient, que la fusion est à la mode, que le commerçant privé est un vestige du passé.

Lumières sur deux villes

La guerre à la famille (aphorisme chestertonien 324)

Le capitalisme fait la guerre à la famille pour la même raison qu’il combat les syndicats. Le capitalisme veut le collectivisme pour lui, l’individualisme pour ses ennemis. Il veut que ses victimes soient des individus ou, en d’autres termes, des atomes. Car le mot « atome » dans son sens le plus clair, – qui ne l’est jamais beaucoup, – peut être traduit par « individu ». S’il existe un lien, un sentiment de fraternité, une discipline familiale, grâce à quoi les pauvres puissent d’entraider, ces émancipateurs luttent pour relâcher ce lien, ou détruire cette discipline. Lorsqu’ils se trouvent devant une corporation, ces individualistes s’efforcent de mettre les individus en liberté ou plutôt cherchent à l’écraser afin qu’il n’en reste plus que des atomes.
Divorce

De l’utilité de boire (aphorisme chestertonien 323)

 

L’homme a connu tout d’abord les excès de boisson à table, aujourd’hui considérés comme horribles et qui, en fait, étaient beaucoup moins dangereux et nuisibles pour la santé. En ces jours de simplicité, les hommes travaillaient ou jouaient, chantaient, labouraient ou pêchaient, écrivaient et parlaient à leur façon, ne fût-ce que pour exprimer les sentiments élémentaires d’un Socrate ou d’un Shakespeare et ne s’enivraient que le soir, le travail fini. Nous faisons un pas vers la dégradation quand l’homme se met à boire avant le travail, pour l’exécuter plus aisément.  Les ouvriers contractèrent l’habitude de stationner aux abords de l’usine du siècle dernier, de boire des verres de whisky pur pour se donner le courage nécessaire à la tâche qui les attendait. N’en faut-il pas, à vrai dire, pour passer de longues heures dans une usine ? Ces hommes éprouvaient le besoin de prendre un anesthésique avant d’affronter la douleur.
Lumières sur deux villes

A propos du blasphème (Aphorisme chestertonien 322)

Le blasphème est aujourd’hui bien usé, et le pessimisme est manifestement, comme il a toujours été, beaucoup plus un lieu commun qu’une impiété. Le plaisir de profaner n’est même plus une affectation mais une simple convention, et les malédictions contre Dieu forment le premier exercice de l’abécédaire de nos petits poètes.
Le Défenseur

Bienheureux celui qui n’attend rien (Aphorisme chestertonien 321)

La vérité, c’est que toute appréciation sincère repose sur un certain mystère d’humilité, presque d’obscurité. L’homme qui a dit : « Bienheureux celui qui ne s’attend à rien, parce qu’il ne sera pas déçu », exprime la béatitude d’une manière imparfaite et mensongère. La vérité est celle-ci : Bienheureux celui qui ne s’attend à rien, parce qu’il sera magnifiquement surpris. Celui qui ne s’attend à rien voit les roses plus rouges que le commun des hommes ne les voit, l’herbe plus verte et le soleil plus éblouissant. Bienheureux celui qui ne s’attend à rien parce qu’il possédera les cités et les montagnes. Bienheureux celui qui est doux parce qu’il héritera la terre. Tant que nous ne concevons pas que les choses pourraient ne pas être, nous ne pouvons pas concevoir qu’elles soient. Tant que nous n’avons pas vu l’arrière-plan des ténèbres, nous ne pouvons admirer la lumière comme une chose unique et créée. Tant que nous ne sommes pas représenté le néant, nous n’apprécions pas à sa valeur la victoire de Dieu et nous ne pouvons concevoir aucun des trophées de son ancienne guerre. La vérité a un million de jeux fantastiques, l’un d’eux est que nous ne savons rien tant que nous ne sommes pas au point de ne rien savoir.
Hérétiques

 

Aphorisme chestertonien (320)

L’Église ne ressemble pas à l’Athenæum Club. Si l’Athenæum Club perdait tous ses membres, il serait dissous par le fait même et cesserait d’exister. Mais en appartenant à l’Église j’appartiens à quelque chose qui existe en dehors de nous tous, en dehors de tout ce dont vous pouvez parler, en dehors des cardinaux et du pape. Ils lui appartiennent, mais elle ne leur appartient pas. Si nous mourions tous subitement, l’Église n’en existerait pas moins de toute façon en Dieu.
La Sphère et la Croix 

Aphorisme chestertonien (319)

Il est vrai que l’Église historique a exalté en même temps le célibat et la famille ; qu’elle a  en même temps (si l’on peut s’exprimer ainsi) plaidé avec passion pour et contre l’enfantement. Elle a gardé côte à côte ces deux idéals comme des couleurs vives, rouges et blancs, comme le rouge et le blanc de l’écu de saint Georges. Elle a toujours eu une sainte horreur du rose. Elle hait cette combinaison de deux couleurs qui est le faible expédient des philosophes.

Orthodoxie

Aphorisme chestertonien (318)

La base de toute éducation est le langage, au moyen duquel elle est transmise. Si un enfant n’a le temps d’apprendre qu’une chose, c’est celle-là qu’on devra lui enseigner de préférence. Nous avons volontairement négligé le meilleur de notre patrimoine national ; nous avons fait de nos écoles publiques des murs épais, destinés à étouffer les voix qui pourraient parler à la jeunesse de ce qui l’honneur de l’Angleterre.

Le Défenseur